The Journey pt.1

katastrophê

Depuis quelques mois, exactement ma reprise des auditions fin-août/début septembre 2019, je savais que quelque chose était fini. J’avais passé la saison précédente à brûler les routes, terminant une représentation à minuit, sautant dans le prochain train à 6h30 en partance pour l’autre bout de la France, et hop! on récupère le Airbnb ou la chambre d’hôtel et une demi-heure après on se retrouve à la répétition musicale. Sommeil absent, partitions apprises dans le train, le ventre à l’envers du manque de sommeil, du trop plein de café.

Un an à vivre comme un fou, le coeur à 100 000 à l’heure, le cerveau et les tripes en ébullition. On m’annonce (enfin!) une audition, en Angleterre cette fois-ci pour une grande compagnie et un rôle que j’aime et je pense maîtriser. Katastrophê! Après un mois et demi de simili-vacances (plutôt un bouillonnement, une sorte de lait sur le feu qui déborde et vous ruine la cuisine) à essayer de me reposer au milieu de la canicule, je reprends la route, pour une destination un peu plus exotique qu’à l’accoutumée. L’arrivée à King’s Cross, un Five Guys sur le parvis et let’s go to the North!

The Wolf and the Raven

Avec mon meilleur compagnon de voyage (mon casque anti-bruit Bose… un must pour les vagabonds!), la peur aux tripes, les millions de questions (suis-je assez prêt? vont-ils aimer ce que je fais? suis-je à la hauteur? et surtout: qu’est-ce que je fous là?!), je vogue sur mes applis musicales. Une tonne de versions de Traviata en poche, je ne cesse de me comparer à tous ces grands artistes, dans une tentative de déchiffrer l’alchimie de leurs voix, presque à s’en arracher les cheveux. Petite pause, je fais un tour sur YouTube. Dans mes recommandations, je tombe sur ce ceci:

Je tombe sous le charme de cette voix fraîche, simple, sincère. La chanteuse prend un plaisir clair et pur à chanter, la voix est timbrée, bien conduite, musicale. Les larmes me montent aux yeux. Cette jeune femme, qui n’a apparemment pas mes 15 ans d’entraînement au chant lyrique, chante tout simplement bien mieux que moi.

Ce moment de révélation, ce bruit de verre brisé, d’eurêka, je l’aurai alors à intervalle régulier.

YouTube Game

Le Tube. Point d’accès à une somme illimitée de connaissances, du bout du doigt, du bout du click. La seule limite? Le temps disponible pour regarder du contenu. Habitué depuis des années à en dévorer les chaînes de vulgarisation scientifique, d’astronomie, de biologie, de linguistique, d’histoire, je me lance alors à la recherche de la clé des chants.
Les profs de chant pullulent ici partout (comme ailleurs…), et le ridicule côtoie le grandiose.
Sur les conseils d’une amie, je découvre cette superstar des cours de chant, et ses nombreux élèves plutôt brutalement talentueux:



Ma réaction fut émerveillée, étonnée, consternée aussi: pourquoi dans toutes mes années d’études n’avais-je pas rencontré de professeur.e de cet acabit? Ici, les élèves ont le sourire, chantent avec le coeur dans un style et une technique impeccable. Se pourrait-il que le chant lyrique ne soit pas ce chant « supérieur » qu’on m’aurait vendu encore et encore? Comment se fait-il que tant de (très) jeunes élèves chantent aussi bien? De ces questions est née une nécessité: arpenter le chemin, et suivre la Voie(x)!

Traviata Inattendue

En mars dernier devait se tenir notre Traviata au Zénith d’Orléans avec la Fabrique Opéra Val de Loire. Compte tenu de la crise, nous avons communément choisi de reporter le spectacle la saison prochaine. Pour remercier la patience du public et tous ceux qui nous ont soutenu, nous avons produit cet extrait « confiné » du Brindisi. Bonne écoute!

Orphée en coulisses

Orphée aux Enfers/Regards en Coulisse

Regard photographique signé Mathilde Bazin, cet album regroupe des instants saisis pendant les représentations d’Orphée aux Enfers à l’Opéra de Reims. Dernière mise en costume pour Orphée, derniers instants partagés avec ce personnage que j’ai eu la chance de faire vivre sur plus d’une année, dans plusieurs lieux et avec différents partenaires.


Opéra de Reims, les 25 et 26 janvier 2020
Mise en scène Nadine Duffaut,
Direction Dominique Trottein

Vive le cid’ de Normandie!

C’était… par une belle matinée de printemps. Enfin, d’automne. Mais dans l’Sud, vous savez, en t-shirt au soleil fin octobre/début novembre, on s’y perd, y’a plus d’saisons, comme on dit qu’y paraît.


Pour une reprise de la scène après un été d’absence, on peut dire que ce fut un feu d’artifice! Les quelques mois passés au chaud sur ma Côte d’Azur m’ayant permis de peaufiner et raffiner toutes les expériences acquises lors de la riche et longue saison précédente, je vivais avec une certaine fébrilité le retour aux répétitions et aux spectacles.
Je me retrouve entouré d’amis, je découvre de nouvelles personnes incroyables, le feu m’envahit: l’ambiance, les rires, la bienveillance, et le plaisir de rendre justice à un répertoire oublié… Mon cocktail favori!

Lorsqu’on s’attaque à un répertoire peu/pas/plus joué, on peut être pris d’un certain vertige. Par où commencer? Où trouver un bon enregistrement? Comment dégager un sens à l’oeuvre sans se sentir pollué par des traditions ou des a-priori? Lors de mes aventures Hervesques, j’avais le luxe d’un Alexandre Dratwicki et des ressources du Palazzetto Bru Zane pour faire émerger des sens nouveaux et anciens, mais à l’Odéon de Marseille, en tant que jeune interprète, j’allais me confronter à des interprètes chevronnés de ce répertoire, ayant joué l’oeuvre des dizaines de fois… Comment faire de Samy un bon Grenicheux?

Comment est votre Planquette?

Planquette. Qui est donc ce bonhomme dont je n’avais pas entendu parler? Heureusement, Wikipedia vole à mon secours. L’homme a composé plus d’une vingtaine d’opérettes, ses Cloches de Corneville ont été un immense succès international:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Planquette



Le plus fou, c’est que le premier enregistrement « son et image », réalisé par Edison, est la mélodie de l’Air du Mousse (Grenicheux) au 1er acte. En v’la t’y pas une anecdote qu’elle y est savoureuse?

Des accents werriers

Les vieux disques renseignent. Forcément, lorsque vous écoutez un enregistrement des années 50, 40, 30, vous raccourcissez d’autant la distance qui vous sépare du compositeur et des interprètes originaux. Peut-être même que vous pouvez tomber sur un chef d’orchestre ou un chanteur qui a connu lui-même le compositeur, voire même les interprètes ayant participé à la création.
Mais… vous mettez également de la distance entre l’oeuvre et l’oreille contemporaine. Peu importe qui a raison dans cette querelle des anciens et des modernes, les oreilles d’aujourd’hui ne sont plus celles de naguère, et il faut prendre en compte la sensibilité de celui qui écoute aujourd’hui. Ainsi, les traditions, les ports de voix, certains types d’émissions ou de vibratos semblent devoir appartenir au passé.
Pourtant, il ne faut pas s’y tromper: notre époque recèle ses propres artifices. Un chanté un peu trop parlé, une surarticulation, une perte de la couleur franche des voyelles, une gestion différente des registres… Nous avons nos tics! La sincérité reste, elle, intemporelle, et c’est entre autres à elle que nous devons nous attacher.

Aussi, à l’écoute des vieux disques des Cloches, on retrouve cette tradition d’imiter un « accent normand ». Mais c’est quoi au juste, l’accent normand? Ou encore devrait-on dire la langue normande?

YouTube encore une fois est une mine d’or. Des documents de l’INA sur des places de marché à un vieux prêtre racontant des histoires cauchoises, il est possible de remonter à l’authenticité de cette culture, de cette langue, de ces humains. Et paf! moi qui adore la linguistique, je tombe sur cette perle:

Donc, le son /g/ se prononce /w/, guerrier devient « werrier » et ainsi l’anglais « warrior »… Encore une bonne occasion pour se transformer en Johnny la Science devant les copains à la pause de milieu de service XD

Digue digue digue, digue digue don

Pour clore, tombons amoureux des oeuvres. Peut-être ne fermerons-nous pas la fracture qui existe entre l’art lyrique (et les musiques classiques) et le grand public, mais des interprètes amoureux, c’est ce qui a permis d’avoir une ovation du jeune public lors de notre générale ouverte pour les scolaires. D’avoir des gosses qui hurlent (littéralement) de rire devant des punchline de Planquette and co. Pour celà, il suffisait des décennies d’expérience du metteur en scène Jack Gervais, qui part sa bonne humeur, son artisanat furieux et sa subtile connaissance de ce qu’est la Tradition, pour insuffler de la vie à ces pages, aidé par le non moins expérimenté chef d’orchestre Guy Condette… Ah, un grand chef lyrique, ça vous laisse les genoux tremblants à la fin d’une musicale, quand vous vous dites « bon en fait, j’y connaissais rien à la musique française avant aujourd’hui ». Je vous assure c’est magique.

J’espère de tout coeur que ce Théâtre de l’Odéon, juché en haut de la Canebière, vivra longtemps. Les changements politiques, l’impermanence des choses, ou tout simplement des départs, un changement éventuel de direction… Tout ça peut fragiliser voire enterrer un lieu qui symbolise un art de vivre, une communauté de passion, de culture, d’humour, d’impertinence, de drôlerie, et dans un monde de l’art lyrique qui en manque cruellement: de bienveillance.

Je vous laisse en musique avec les Couplets du Mousse chantés par le grand Jerry Hadley, et surtout: gros bisous.

On m’a ravi! (Mon Eurydice)

Crédits: Cédric Delestrade. Opéra d’Avignon-Confluences, décembre 2018.

Partenaire privilégié de tant d’artistes, Cédric a capté le personnage d’Orphée que j’ai créé en décembre 2018 à l’Opéra Grand Avignon dans la mise en scène de Nadine Duffaut. Loin du ténor de caractère cocu et cocasse, j’ai choisi une vision plus « Kaamelott-esque » du personnage, arrogant, presque méchant parfois, et pourtant sensible. Orphée y est dépeint comme un homme aliéné par le contrat social du mariage, lui qui n’aspire qu’à sa musique et au progrès de ses petits élèves violonistes. La divine Julie Fuchs m’a offert le contrepoint idéal pour mon personnage, axant son rôle sur le glamour et l’épicurisme.
Je trouve qu’on ressent bien sur ces photos le bonheur que j’ai eue à être libre de jouer et chanter un personnage comme je le souhaitais, artiste heureux je suis!

Interview Opera Magazine

Il y a quelques semaines je me retrouvais à Paris pour une interview avec la journaliste Katia Choquer, dans un chic bar de quartier du 17e arrondissement.
Tout ou presque y a été passé en revue sous un regard et une écoute bienveillant.e, de ma passion pour les Chevaliers du Zodiaque à Wagner, en passant par mes espoirs et ma passion du chant!
Je vous laisse un petit extrait et un lien vers le magazine, j’espère que vous apprécierez!

https://opera-magazine.com/2019/04/samy-camps/

Vaudevilles

Crédits Cédric Delestrade, Opéra d’Avignon-Confluences, mars 2019

Paillettes extraites de Mam’zelle Nitouche d’Hervé, mise en scène Pierre-André Weitz, direction musicale Christophe Grapperon.
Mon alias: Le Vicomte Fernand de Champlâtreux
A ce jour une de mes expériences les plus fortes, cette tournée multicolore m’a fait traverser une palette d’émotions et de villes incroyables, de Paris à Toulon, Nantes, Limoges, Montpellier, Rouen, Lausanne et Avignon.
J’aime particulièrement les instants de complicité sur ces photos, avec mes partenaires Eddie Chignara (Le Major, Comte de Châteaugibus), la bouleversante Lara Neumann (Denise de Flavigny/Mam’zelle Nitouche) et le légendaire Olivier Py (La Mère Supérieure, Corinne, le brigadier Loriot). Je ne peux regarder ces images sans les larmes aux yeux, car quels moments pourront rendre compte des sentiments bouleversants que j’ai pu vivre à côté de ces géants si beaux d’âme et de cœur?

Révélations

Crédits: Caroline Dourtre, Temple Manin, Paris, 2015.

Introspections photographiques au milieu de l’enregistrement du disque des Révélations aux Victoires de la Musique Classique en 2015. Accompagné par Rémi Geniet et Ismaël Margain (pianistes), Caroline a ouvert l’œil sur des fulgurances, des passages intérieurs, et quelques éclats.

Ce bal est original!

Et pif paf pouf, enfin arrivé à Lausanne pour la reprise de ma Nitouche d’amour joli. La « bambanne » dans les cartons comme on dit chez moi, j’ai laissé passer les fêtes, ivre de papier bulle.

Une grande inspiration (Mindfullness oblige ^^) et c’est reparti!

Voici quelques comptes-rendus de ma prestation en Orphée à Avignon, et mille milliards de mille sabords, je ne m’attendais pas à des retours pareils! Coeur chaud, coeur chaud. En avant:


« Samy Camps donne à Orphée une élégance physique et sonore certaine » Le Feuillet de l’Opéra

« On applaudit sans restriction à la fine musicalité du jeune ténor Samy Camps, Orphée de très bonne école »
Opéra Online

« Le timbre clair et éclatant du ténor Samy Camps, dans le rôle d’Orphée, s’associe à un jeu scénique pertinent »
Ôlyrix

Si vous me suivez sur les réseaux, vous savez à quel point je suis dubitatif sur le principe de la critique en ce qui concerne le spectacle vivant qu’est l’opéra. Après tout, les retours presse me semblent un excellent moyen de parler du spectacle et de donner envie au public de se déplacer.
Toutefois, si les papiers pointent leur museau une fois le spectacle terminé, à qui s’adressent-ils réellement? Aux autres journalistes? Aux collègues? Aux directeurs? Mystère…

Néanmoins, si une ou deux critiques/compte-rendus semblent donner une image peu claire et trop ponctuelle d’une prestation, dès lors qu’elles s’accumulent, il me semble que le retour qui se dessine est plus pertinent, et permet de dégager des axes de réflexion et de travail pour la suite.

Avec l’accord de Nadine Duffaut, j’ai tenté de donner une couleur plus réaliste au personnage d’Orphée, de le « déniaiser » en proposant non plus une caricature cocufiée, mais un jeune homme sincère et épris de liberté, avec ses travers, ses absences, ses fautes, mais aussi ses éclats.
Je parlais dans une interview récente de la violence de ce personnage, déguisée sous des atours comiques. Orphée commet bien un meurtre au 1er acte! Certes, il tente d’assassiner l’amant de sa femme, mais son piège rate sa cible et tue Eurydice. Un brin tragique pour un rigolo, vous ne trouvez pas?

L’interprétation vocale se devait d’être en adéquation avec le texte finalement assez cru, et j’ai fait de mon mieux pour « viriliser » la signature vocale du rôle.

C’est donc avec soulagement (et un brin de fierté, il faut l’avouer) que j’observe des retours ayant perçu et saisi ma démarche!

N’hésitez pas à me dire si vous appréciez ce genre de retour « objectif » de mes performances, j’aimerais en faire un rendez-vous régulier, où je vous expliquerai ma démarche pour la création/l’interprétation d’un rôle, et sa réception!

Belle année à tous.tes, et surtout, gros bisous!