Traviata Inattendue

En mars dernier devait se tenir notre Traviata au Zénith d’Orléans avec la Fabrique Opéra Val de Loire. Compte tenu de la crise, nous avons communément choisi de reporter le spectacle la saison prochaine. Pour remercier la patience du public et tous ceux qui nous ont soutenu, nous avons produit cet extrait « confiné » du Brindisi. Bonne écoute!

Vive le cid’ de Normandie!

C’était… par une belle matinée de printemps. Enfin, d’automne. Mais dans l’Sud, vous savez, en t-shirt au soleil fin octobre/début novembre, on s’y perd, y’a plus d’saisons, comme on dit qu’y paraît.


Pour une reprise de la scène après un été d’absence, on peut dire que ce fut un feu d’artifice! Les quelques mois passés au chaud sur ma Côte d’Azur m’ayant permis de peaufiner et raffiner toutes les expériences acquises lors de la riche et longue saison précédente, je vivais avec une certaine fébrilité le retour aux répétitions et aux spectacles.
Je me retrouve entouré d’amis, je découvre de nouvelles personnes incroyables, le feu m’envahit: l’ambiance, les rires, la bienveillance, et le plaisir de rendre justice à un répertoire oublié… Mon cocktail favori!

Lorsqu’on s’attaque à un répertoire peu/pas/plus joué, on peut être pris d’un certain vertige. Par où commencer? Où trouver un bon enregistrement? Comment dégager un sens à l’oeuvre sans se sentir pollué par des traditions ou des a-priori? Lors de mes aventures Hervesques, j’avais le luxe d’un Alexandre Dratwicki et des ressources du Palazzetto Bru Zane pour faire émerger des sens nouveaux et anciens, mais à l’Odéon de Marseille, en tant que jeune interprète, j’allais me confronter à des interprètes chevronnés de ce répertoire, ayant joué l’oeuvre des dizaines de fois… Comment faire de Samy un bon Grenicheux?

Comment est votre Planquette?

Planquette. Qui est donc ce bonhomme dont je n’avais pas entendu parler? Heureusement, Wikipedia vole à mon secours. L’homme a composé plus d’une vingtaine d’opérettes, ses Cloches de Corneville ont été un immense succès international:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Planquette



Le plus fou, c’est que le premier enregistrement « son et image », réalisé par Edison, est la mélodie de l’Air du Mousse (Grenicheux) au 1er acte. En v’la t’y pas une anecdote qu’elle y est savoureuse?

Des accents werriers

Les vieux disques renseignent. Forcément, lorsque vous écoutez un enregistrement des années 50, 40, 30, vous raccourcissez d’autant la distance qui vous sépare du compositeur et des interprètes originaux. Peut-être même que vous pouvez tomber sur un chef d’orchestre ou un chanteur qui a connu lui-même le compositeur, voire même les interprètes ayant participé à la création.
Mais… vous mettez également de la distance entre l’oeuvre et l’oreille contemporaine. Peu importe qui a raison dans cette querelle des anciens et des modernes, les oreilles d’aujourd’hui ne sont plus celles de naguère, et il faut prendre en compte la sensibilité de celui qui écoute aujourd’hui. Ainsi, les traditions, les ports de voix, certains types d’émissions ou de vibratos semblent devoir appartenir au passé.
Pourtant, il ne faut pas s’y tromper: notre époque recèle ses propres artifices. Un chanté un peu trop parlé, une surarticulation, une perte de la couleur franche des voyelles, une gestion différente des registres… Nous avons nos tics! La sincérité reste, elle, intemporelle, et c’est entre autres à elle que nous devons nous attacher.

Aussi, à l’écoute des vieux disques des Cloches, on retrouve cette tradition d’imiter un « accent normand ». Mais c’est quoi au juste, l’accent normand? Ou encore devrait-on dire la langue normande?

YouTube encore une fois est une mine d’or. Des documents de l’INA sur des places de marché à un vieux prêtre racontant des histoires cauchoises, il est possible de remonter à l’authenticité de cette culture, de cette langue, de ces humains. Et paf! moi qui adore la linguistique, je tombe sur cette perle:

Donc, le son /g/ se prononce /w/, guerrier devient « werrier » et ainsi l’anglais « warrior »… Encore une bonne occasion pour se transformer en Johnny la Science devant les copains à la pause de milieu de service XD

Digue digue digue, digue digue don

Pour clore, tombons amoureux des oeuvres. Peut-être ne fermerons-nous pas la fracture qui existe entre l’art lyrique (et les musiques classiques) et le grand public, mais des interprètes amoureux, c’est ce qui a permis d’avoir une ovation du jeune public lors de notre générale ouverte pour les scolaires. D’avoir des gosses qui hurlent (littéralement) de rire devant des punchline de Planquette and co. Pour celà, il suffisait des décennies d’expérience du metteur en scène Jack Gervais, qui part sa bonne humeur, son artisanat furieux et sa subtile connaissance de ce qu’est la Tradition, pour insuffler de la vie à ces pages, aidé par le non moins expérimenté chef d’orchestre Guy Condette… Ah, un grand chef lyrique, ça vous laisse les genoux tremblants à la fin d’une musicale, quand vous vous dites « bon en fait, j’y connaissais rien à la musique française avant aujourd’hui ». Je vous assure c’est magique.

J’espère de tout coeur que ce Théâtre de l’Odéon, juché en haut de la Canebière, vivra longtemps. Les changements politiques, l’impermanence des choses, ou tout simplement des départs, un changement éventuel de direction… Tout ça peut fragiliser voire enterrer un lieu qui symbolise un art de vivre, une communauté de passion, de culture, d’humour, d’impertinence, de drôlerie, et dans un monde de l’art lyrique qui en manque cruellement: de bienveillance.

Je vous laisse en musique avec les Couplets du Mousse chantés par le grand Jerry Hadley, et surtout: gros bisous.

Interview Opera Magazine

Il y a quelques semaines je me retrouvais à Paris pour une interview avec la journaliste Katia Choquer, dans un chic bar de quartier du 17e arrondissement.
Tout ou presque y a été passé en revue sous un regard et une écoute bienveillant.e, de ma passion pour les Chevaliers du Zodiaque à Wagner, en passant par mes espoirs et ma passion du chant!
Je vous laisse un petit extrait et un lien vers le magazine, j’espère que vous apprécierez!

https://opera-magazine.com/2019/04/samy-camps/

Mam’zelle Nitouche

Crédits Cédric Delestrade, Opéra d’Avignon-Confluences, mars 2019

Paillettes extraites de Mam’zelle Nitouche d’Hervé, mise en scène Pierre-André Weitz, direction musicale Christophe Grapperon.
Mon alias: Le Vicomte Fernand de Champlâtreux
A ce jour une de mes expériences les plus fortes, cette tournée multicolore m’a fait traverser une palette d’émotions et de villes incroyables, de Paris à Toulon, Nantes, Limoges, Montpellier, Rouen, Lausanne et Avignon.
J’aime particulièrement les instants de complicité sur ces photos, avec mes partenaires Eddie Chignara (Le Major, Comte de Châteaugibus), la bouleversante Lara Neumann (Denise de Flavigny/Mam’zelle Nitouche) et le légendaire Olivier Py (La Mère Supérieure, Corinne, le brigadier Loriot). Je ne peux regarder ces images sans les larmes aux yeux, car quels moments pourront rendre compte des sentiments bouleversants que j’ai pu vivre à côté de ces géants si beaux d’âme et de cœur?

Ce bal est original!

Et pif paf pouf, enfin arrivé à Lausanne pour la reprise de ma Nitouche d’amour joli. La « bambanne » dans les cartons comme on dit chez moi, j’ai laissé passer les fêtes, ivre de papier bulle.

Une grande inspiration (Mindfullness oblige ^^) et c’est reparti!

Voici quelques comptes-rendus de ma prestation en Orphée à Avignon, et mille milliards de mille sabords, je ne m’attendais pas à des retours pareils! Coeur chaud, coeur chaud. En avant:


« Samy Camps donne à Orphée une élégance physique et sonore certaine » Le Feuillet de l’Opéra

« On applaudit sans restriction à la fine musicalité du jeune ténor Samy Camps, Orphée de très bonne école »
Opéra Online

« Le timbre clair et éclatant du ténor Samy Camps, dans le rôle d’Orphée, s’associe à un jeu scénique pertinent »
Ôlyrix

Si vous me suivez sur les réseaux, vous savez à quel point je suis dubitatif sur le principe de la critique en ce qui concerne le spectacle vivant qu’est l’opéra. Après tout, les retours presse me semblent un excellent moyen de parler du spectacle et de donner envie au public de se déplacer.
Toutefois, si les papiers pointent leur museau une fois le spectacle terminé, à qui s’adressent-ils réellement? Aux autres journalistes? Aux collègues? Aux directeurs? Mystère…

Néanmoins, si une ou deux critiques/compte-rendus semblent donner une image peu claire et trop ponctuelle d’une prestation, dès lors qu’elles s’accumulent, il me semble que le retour qui se dessine est plus pertinent, et permet de dégager des axes de réflexion et de travail pour la suite.

Avec l’accord de Nadine Duffaut, j’ai tenté de donner une couleur plus réaliste au personnage d’Orphée, de le « déniaiser » en proposant non plus une caricature cocufiée, mais un jeune homme sincère et épris de liberté, avec ses travers, ses absences, ses fautes, mais aussi ses éclats.
Je parlais dans une interview récente de la violence de ce personnage, déguisée sous des atours comiques. Orphée commet bien un meurtre au 1er acte! Certes, il tente d’assassiner l’amant de sa femme, mais son piège rate sa cible et tue Eurydice. Un brin tragique pour un rigolo, vous ne trouvez pas?

L’interprétation vocale se devait d’être en adéquation avec le texte finalement assez cru, et j’ai fait de mon mieux pour « viriliser » la signature vocale du rôle.

C’est donc avec soulagement (et un brin de fierté, il faut l’avouer) que j’observe des retours ayant perçu et saisi ma démarche!

N’hésitez pas à me dire si vous appréciez ce genre de retour « objectif » de mes performances, j’aimerais en faire un rendez-vous régulier, où je vous expliquerai ma démarche pour la création/l’interprétation d’un rôle, et sa réception!

Belle année à tous.tes, et surtout, gros bisous!